• Eduardo Gallardo

Le cycle entéro-hépatique: l'allié de votre immunité

Mis à jour : avr. 10

En ces temps de doutes, voire de craintes quant à la propagation du Coronavirus, il est du devoir d'un Naturopathe de sensibiliser le public à l'importance de prendre soin de son Terrain (c'est-à-dire votre constitution héritée, et ce que vous en faites par votre hygiène de vie). Bien entendu, une action préventive sur le long terme a de meilleures chances de porter ses fruits, mais il n'est jamais trop tard pour renforcer les capacités naturelles de défense de l'organisme. Et à moindre coût!

Avant de voir pourquoi le cycle entéro-hépatique est une composante essentielle de l'immunité, petit rappel d'anatomie et de physiologie concernant les composantes de ce cycle (entéro=intestinal; hépatique= en lien avec le foie).


Le microbiote intestinal ou "la communauté de l'immunité"


Le microbiote intestinal (autrement appelé "flore") est l'ensemble des micro-organismes (surtout des bactéries, mais aussi des levures...) qui colonisent le tube digestif humain. Nous hébergeons 10 fois plus de bactéries dans nos intestins que nous ne possédons de cellules dans l'organisme, chiffre vertigineux!

Lorsqu'ils sont énoncés, les mots "bactéries" ou "microbes" sont souvent associés à des éléments néfastes pour la santé. Or, le microbiote intestinal recèle de nombreuses fonctions utiles et indispensables à son hôte, au point de le qualifier "d'organe caché" à part entière.


D'où viennent ces bactéries?

Au stade utérin, le tube digestif du nourrisson est dépourvu de microbiote. C'est à sa naissance, via le passage par la matrice utérine de la mère (naissance par voies basses), que la colonisation se fait. Ce premier relais s'opère dans les heures qui suivent la naissance, jusqu'à conduire à l'établissement d'un microbiote stable, fonctionnel et personnel vers l'âge de 2 ans (parfois 4).

Ainsi, à l'âge adulte, chaque individu dispose d'une "carte d'identité microbiotique" qui lui est propre.


Où vivent ces bactéries?

99% des bactéries, dites flore dominante, vivent dans l'intestin grêle, dans des conditions dites "anaérobies" (c'est-à-dire sans présence d'oxygène, qui leur serait fatal). Les bactéries restantes sont localisées dans le côlon, et sont soit anaérobies soit aérobies (elles tolèrent l'oxygène).

Les probiotiques vendus sur le marché ne peuvent ainsi agir que dans la partie terminale de l'intestin (côlon), puisqu'il n'est techniquement pas possible de produire des probiotiques sensibles à l'oxygène. Ces produits ne permettent donc pas de recoloniser la flore dominante, qui rappelons-le est personnelle (carte d'identité microbiotique). Ils gardent malgré tout un intérêt ponctuel dans certains cas.


A quoi sert le microbiote intestinal?

Le microbiote intestinal de chaque humain est ainsi composé de plusieurs centaines d'espèce bactériennes différentes, propres à chaque individu, et vivant en communauté dans un état dit de "commensalisme" (=association d'organismes d'espèces différentes, profitable pour l'un d'eux et sans danger pour l'autre, à la différence du parasitisme ou de la symbiose).


Voici une illustration de quelques uns des rôles du microbiote intestinal, essentiels au maintien de la santé de l'individu.


L’effet de barrière est un effet protecteur du microbiote intestinal non seulement vis-à-vis des bactéries pathogènes venant de l'extérieur, mais également vis-à-vis de bactéries présentes dans l’intestin en faible quantité et potentiellement néfastes si leur concentration augmente. Il existe une compétition pour les nutriments entre les bactéries pathogènes et les bactéries bénéfiques du microbiote intestinal. D'où l'intérêt de bien nourrir notre flore, et surtout la bonne flore!


Le microbiote influence également la qualité de la digestion, puisqu'il participe au métabolisme des protéines, glucides et lipides. L'essentiel de la digestion se situe dans la partie "amont" du tube digestif (elle commence dans la bouche, se poursuit dans l'estomac puis l'intestin grêle, et à son arrivée dans le côlon, environ 80% des aliments ont été digérés et assimilés sous forme de nutriments). Les résidus non digérés ou non digestibles de l'alimentation sont pris en charge par les bactéries dans le côlon, qui ont le pouvoir de les transformer en "énergie" pour les cellules intestinales.


Lorsque la capacité du microbiote à prendre en charge ces résidus est dépassée (en raison d'apports alimentaires trop importants ou inappropriés, ou d'une digestion incomplète en amont), une flore pathogène se développe (dite de fermentation ou de putréfaction, en fonction des aliments concernés), avec développement de gaz irritants qui altèrent la muqueuse intestinale. Cet état dit de "dysbiose" (déséquilibre de l'écosystème bactérien) peut perturber tout le cycle entéro-hépatique, que nous verrons plus loin, avec des incidences néfastes pour l'immunité.


Une perturbation de cette "communauté bactérienne" par la prolifération d'une flore pathogène va perturber les fonctions immunitaires du microbiote, notamment dans sa capacité de développement et de maturation du système immunitaire intestinal (macrophages, lymphocytes B et T) et général.


Le foie, organe du système immunitaire à part entière


Parmi les quelques 500 fonctions que le foie assure, certaines sont plus ou moins connues: détoxication, stockage de certaines vitamines, synthèse de protéines etc... Moins connu est le rôle du foie, pourtant crucial, dans le fonctionnement du système immunitaire.

A l'âge adulte, le foie humain contient normalement un nombre important de cellules dites "immuno-compétentes" (protéines ayant un rôle immunitaire), lui permettant d'assurer son rôle de première ligne de défense vis-à-vis des molécules issues du tube digestif et traversant le foie par la circulation sanguine générale. Pour rappel, le foie reçoit 75% de son apport sanguin de l'intestin et de la rate via la veine porte. Il est donc continuellement exposé aux potentiels éléments pathogènes provenant du tube intestinal. Le foie est ainsi le siège de mécanismes immunitaires complexes qui doivent permettre un état de tolérance immunitaire vis-à-vis des antigènes alimentaires, tout en étant capable de déployer une réponse efficace en cas d'agression avérée.


Le cycle entéro-hépatique: quand un cercle normalement vertueux devient vicieux


Nous l'avons vu, tant le microbiote, cette "communauté" propre à chacun résidant dans le tube intestinal, que le foie, sont essentiels à l'immunité.

Nous avons vu également qu'une mauvaise digestion ou une alimentation inappropriée (parmi d'autres facteurs) peuvent générer un état de dysbiose, une perturbation de l'équilibre microbien qui soutient et assure le fonctionnement immunitaire.

Cet état de dysbiose, qu'on peut appeler dysmicrobisme, a également des conséquences sur la santé du foie.

Les deux illustrations qui suivent montrent ce qui passe quand le cycle entéro-hépatique est perturbé.

Dans un premier temps, le foie (s'il est en bonne santé) produit une quantité suffisante de bile, nécessaire notamment à l'émulsion des graisses dans le métabolisme des lipides. Il est important de noter que la bile est également le meilleur assainissant naturel du tube digestif.

Cette bile, incorporée dans ce qu'on appelle les sels biliaires, est en partie recyclée et renvoyée au foie, afin d'être réutilisée après traitement.

Les intestins, dont le microbiote est relativement sain, dispose de capacités normales d'évacuation des déchets issus des résidus non digestibles.

Imaginons à présent qu'en raison de troubles de la digestion ou d'une alimentation inappropriée, ou suite à une antibiothérapie de longue durée, une flore pathogène se développe dans le tube intestinal. Cette flore génère des fermentations et ou putréfactions qui sont toxiques pour l'organisme, qui peuvent être en partie éliminés (via les gaz, odorants ou non odorants) ou recyclés dans le tube intestinal en direction du foie pour être dégradés. Si le foie est fonctionnel, il peut prendre en charge cet afflux supplémentaire de déchets (en plus des quelques 500 fonctions évoquées précédemment). Mais si la situation s'inscrit dans la durée, devient chronique, le foie sature et voit nombre de ses capacités diminuer, parmi lesquelles la production de bile et ses fonctions immunitaires.

Or, comme nous l'avons vu, la bile est le meilleur assainissant intestinal d'une part, et essentiel au métabolisme des lipides d'autres part. Si la production de bile diminue, la flore pathogène est d'autant plus libre de proliférer, d'autant que les lipides mal digérés vont participer à entretenir ce chaos dans le microbiote. On est passé au cercle vicieux illustré ci-après.

Les déchets sont de moins en moins éliminés et saturent le foie.

Les deux éléments majeurs de l'immunité, le microbiote et le foie, sont en mauvaise posture.


Pour soutenir votre immunité, prenez soin de vos intestins et de votre foie!


Si cette démonstration ne suffit pas à vous convaincre, rien de mieux que d'essayer pour constater soi-même.

En cette période de restriction des déplacements liée au Covid19, et avec les beaux jours qui arrivent, il pourrait être tentant de lancer la saison des apéros et barbecues sans retenue. Au contraire, en tant que naturopathe, je vous invite à privilégier une alimentation saine et frugale. Choisissez des aliments authentiques et d'une grande densité nutritionnelle plutôt qu'un apport important de calories. Mettez votre système digestif au repos! Evitez un travail supplémentaire à votre foie en limitant la consommation d'alcools et d'aliments dénaturés. Il aura déjà bien à faire pour vous protéger du Coronavirus.

Il faut au contraire aider le foie, en visant notamment une amélioration des réactions dites de "méthylation hépatique" par un apport accru de vitamines du groupe B (vitamines majoritairement sensibles à la cuisson, donc assurez vous de manger assez de cru). La méthylation est une réaction chimique très importante pour la détoxication hépatique. Il faut également viser le bon entretien des membranes des cellules du foie, les hépatocytes, constituées par une double couche de phospholipides (d'où l'intérêt d'un apport de lipides de qualité dans l'alimentation, par des huiles de Première Pression à Froid notamment, ou par des oléagineux non grillés).

Avec le pseudo-confinement actuel, une possible oisiveté pourrait se développer outre mesure, voire s'installer. Or, l'oisiveté est souvent synonyme d'alimentation compulsive. Occupez-vous intelligemment! (Re)découvrez les activités que vous n'avez pas l'habitude de faire: exercice physique (pas besoin d 'être inscrit dans une salle de sport pour se mouvoir), lecture, musique, dessin, jeux en famille, jardinage pour ceux qui le peuvent, mais aussi simplement méditation, contemplation des beautés du quotidien que l'on ne voit plus avec la routine...

Décrochez de vos tablettes, portables, ordinateurs et TV à partir de 19h. Les lumières artificielles le soir perturbent la sécrétion de leptine, hormone de la satiété alimentaire (d'où le réflexe grignotage devant la TV).

Exposez-vous au soleil le matin et respirez! En pleine conscience et en confiance. Mettez la peur au rebut. Parmi d'autres sources de stress, elle est un des facteurs d'affaiblissement de l'immunité les plus retors.


Souriez à la Vie :)


Naturellement vôtre,

Eduardo Gallardo

Naturopathe

Vitalità ad Aequilibrium - La Force Vitale à l'équilibre